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Le président du Muséum National d'Histoire Naturelle, parrain de www.biodiversite.nc

Gilles Boeuf, président du Muséum National d'Histoire Naturelle de Paris, a accepté d'être le parrain de notre site. C'est avec un grand plaisir que nous mettons en ligne le texte qu'il nous a transmis.


« Vous avez dit… biodiversité ? »

Photo : Bernard Bisson/JDD
Photo : Bernard Bisson/JDD
Les Nations Unies ont déclaré l’année 2010 « Année internationale de la biodiversité ». Ce terme de « biodiversity » a été créé en 1985 par des écologues américains. C’est une contraction de « diversité biologique » qui représente toute la diversité et la complexité du vivant. Le terme échappera aux laboratoires d’écologie lors du Sommet de la Terre à Rio en juin 1992. Il passera alors dans le monde des médias, de la politique et du grand public. On peut aussi définir simplement la biodiversité comme étant la fraction vivante de la Nature.

Il est bien clair que la biodiversité ne saurait être représentée par le seul inventaire des espèces vivantes peuplant les écosystèmes. Ceci est la diversité spécifique. En fait la biodiversité est beaucoup plus et, basée sur un inventaire initial des espèces, elle va être tout l’ensemble des relations établies entre ces divers êtres vivants, entre eux et avec leur environnement. Pour le biologiste, trois niveaux se distinguent, les diversités génétique, organismique et écologique (les gènes, les espèces, les écosystèmes). Nous mettons globalement dans le terme « biodiversité », (1) l’étude des mécanismes biologiques fondamentaux générant cette diversité et nous obligeant à davantage « décortiquer » les mécanismes de la spéciation et de l’évolution, (2) les approches plus récentes et prometteuses en matière d’écologie fonctionnelle et de biocomplexité, incluant l’étude des flux de matière et d’énergie et les grands cycles biogéochimiques, (3) les travaux sur la nature « utile » pour l’humanité dans ses capacités à fournir des aliments, des substances à haute valeur ajoutée pour des médicaments, produits cosmétiques, des sondes moléculaires ou encore à offrir des modèles originaux pour la recherche et enfin (4) la mise en place de stratégies de conservation pour préserver et maintenir un patrimoine naturel constituant un héritage naturellement attendu pour/par les générations futures. Dès le départ, sciences de la nature et sciences de l’homme et de la société se sont retrouvées intimement liées dans le texte fondateur de la Convention sur la Diversité Biologique, élaboré à Rio et aujourd’hui, ratifié par 193 Etats.

La Vie est apparue dans l’océan ancestral vers 3,85 milliards d’années et a été capable d’élaborer depuis, largement plus d’un milliard d’espèces, apparues puis disparues, seules 1 % d’entre elles nous accompagnant encore aujourd’hui. Nous connaissons actuellement, déposées dans les Musées d’Histoire Naturelle, 1,9 millions d’espèces, cependant faible représentation de la diversité réelle (fourchette entre 10 et 30 millions ?). La Nouvelle Calédonie a été déclaré en 2000 comme l’un des « points chauds » de la planète pour la diversité de ses espèces tant marines que terrestres, le lagon a ensuite été classé au patrimoine mondial de l’Unesco. Le niveau d’endémisme (espèces vivant sur et autour du « Caillou » et nulle part ailleurs au monde) est tout à fait extraordinaire, ceci s’expliquant par l’histoire et l’isolement de la Nouvelle-Calédonie ainsi que par la présence de sols tout à fait particuliers, pauvres en nutriments (azote, phosphore…), tout en étant riches en métaux (nickel, cobalt…), éléments pouvant être toxiques auxquels les végétaux calédoniens ont su s’adapter : nous connaissons plus de 2 400 plantes endémiques (sur 3 200 en tout). Pour la vie animale, sur 105 espèces d’oiseaux, 23 sont uniques sur l’archipel ! Ceci fait de la Nouvelle Calédonie un écrin exceptionnel pour une vie tout à fait originale.

La biodiversité mondiale est très menacée aujourd’hui pour quatre grandes raisons qui sont la destruction et la contamination des milieux naturels, la prédation en excès et la surexploitation des ressources naturelles, les introductions anarchiques d’espèces de milieux à d’autres et le changement climatique global. L’humain est devenu la plus puissante force évolutive de la planète et il nous faut impérativement enrayer cette crise si nous voulons maintenir les services rendus par les espèces et les écosystèmes : y parvenir, projet réaliste ou rêve insensé ? En serons-nous capables pour 2020, comme l’ont demandé les Nations-Unies ? Le capital naturel ne peut indéfiniment être appauvri et nous ne pouvons nous passer des services rendus par les écosystèmes. Une prise de conscience généralisée est en cours mais suivrons-nous un rythme de changement de nos habitudes au moins aussi rapide que celui des changements environnementaux de tous ordres que nous déclenchons autour de nous ? Saurons-nous durant ce XXIème siècle pleinement développer et assumer ce terme de sapiens dont nous nous sommes affublés, rien n’est moins sûr. En Nouvelle-Calédonie, avec peu d’humains sur une surface assez grande, une des principales menaces vient de l’activité minière qui est pourtant la grande ressource du territoire. Aussi, l’avenir des calédoniens est-il entre leurs mains, dans leur « sagesse » à exploiter rationnellement et intelligemment cette montagne de nickel qui est la leur, dans les plus grandes durabilité et harmonie avec leur Nature, en partageant avec tous les habitants et en impactant au minimum leur capital naturel pour qu’il « fasse bon vivre pour toujours sur le Caillou ».

Gilles Boeuf, Laboratoire Arago, Université Pierre et Marie Curie / CNRS, Banyuls, et Muséum National d’Histoire Naturelle, Paris, décembre 2010


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Frédéric Dhie